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Dans les murs

isdaT beaux-arts

Précarité et habitat

jeudi 17 mars 2016

study days

De 10h à 18h — amphi B

Avec : Bellastock, Mireille Bruyère, Cyrille Hanappe, Marie-Christine Jaillet, Frédérique Mozer et Laurent Tixador.

Aujourd’hui encore, une part considérable de nos semblables — sans-abri, roms, réfugiés, migrants — frappés par une misère aux formes variées, vit sur une durée plus ou moins longue, dans des conditions de logement extrêmement difficiles. L’architecture, le design, en tant que disciplines inscrivant le souci de l’espace entre nous au coeur de leurs réflexions, ne peuvent pas ne pas être inquiétées par les problèmes de l’habiter.

De plus en plus souvent, ces disciplines se trouvent requises et réclamées pour faire face aux situations d’urgence. Une attente est nourrie à leur égard. Si elles peuvent dans quelques cas contribuer à améliorer temporairement les conditions de vie de personnes en transit ou sans logis, il est important de garder à l’esprit qu’elles ne peuvent pas se substituer au politique.

En les sommant de répondre à des situations dont les enjeux les dépassent, elles risquent d’être prises en défaut, de se trouver dépourvues de ce qui a pu (et peut encore ?) faire leur histoire. Dès lors, il incombe aux architectes, aux designers (et à celles et ceux qui pensent ces disciplines) de déplacer la demande qui leur est faite. Déplacer la demande, traiter autrement des problèmes de l’habitat et de la précarité, telle sera l’une des premières ambitions de la journée d’études. L’architecture, le design doivent-ils trouver des remèdes à la pauvreté ou bien cette pauvreté peut-elle être, par ces disciplines, paradoxalement recherchée ? Qu’appelons nous aujourd’hui pauvreté ? Dans quelle mesure une situation de pénurie dans les moyens nous amène-t-elle à repenser nos façons d’occuper l’espace ?

Ces questions seront abordées de manière transdisciplinaire. Dans un premier temps l’économie et la sociologie seront convoquées pour sonder les causes de la précarité, analyser leurs incidences sur l’habitat et étudier les situations d’habitabilité relatives à différents types de territoires. Nous tâcherons ensuite de penser des hypothèses envisageant « l’état de pauvreté » de manière positive, en identifiant plus finement la différence de sens entre précarité et pauvreté : l’être pauvre n’est pas un être misérable, c’est d’abord un être qui n’est pas dans un luxe d’équipement, ni dans un extrême confort1. En état de manque, l’architecte, le designer sont portés à accorder une attention toute particulière à ce qui est déjà là. Qu’elle soit subie ou choisie, la pauvreté peut être porteuse d’une certaine vivacité.

C’est à cette vivacité, au cœur même de l’expérience de la défaillance, que l’on s’intéressera en se penchant sur les propositions de ces disciplines qui, décentrées de leur position de « répondant », développent d’autres protocoles formulant d’autres types de fabrications (projets initiés par le collectif Pérou), de relations d’acteurs (architectures avec les habitants — Patrick Bouchain) et de pratiques (collectif Assemble). À travers l’étude de cas concrets ou de projets encore non réalisés, nous évoquerons pour chaque situation les paramètres logistique, organisationnel, économique et humain qui ont été pris en compte par les architectes et les designers pour développer, parfois de façon collaborative, d’autres manières d’habiter et de construire aussi bien les espaces privés, publics que sociaux. Nous verrons que malgré l’apparente pauvreté de moyens techniques mis en œuvre, la dimension esthétique de ces réalisations n’est pas en reste.

Enfin, au travers de démarches artistiques, nous observerons comment de certaines situations périlleuses volontairement provoquées peut émerger un art de la débrouille, des façons de faire avec les moyens du bord.

Journée d’études destinée aux étudiants en option design (sans inscription) ; les inscriptions pour les personnes extérieures à l’école sont closes.


1. Cette idée de pauvreté envisagé de manière positive est abordée depuis un angle philosophique (rousseauiste) dans un texte de Pierre-Damien Huyghe, intitulé « des objets hospitaliers », in À quoi tient le design.

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